Les bénéfices secondaires : quand ce qui nous freine cherche aussi à nous protéger
Pourquoi est-il parfois si difficile de changer une situation qui nous fait pourtant souffrir ?
Pourquoi certaines personnes restent-elles dans une relation insatisfaisante, un emploi qui ne leur correspond plus, un manque d’argent chronique ou des schémas qu’elles souhaitent sincèrement dépasser ?
La réponse ne réside pas toujours dans un manque de volonté, de courage ou de motivation. Elle se trouve parfois dans ce que les psychologues appellent les bénéfices secondaires.
Une notion souvent mal comprise
Parler de bénéfices secondaires ne signifie pas que nous choisissons consciemment nos difficultés ou que nous aimons souffrir.
Le bénéfice secondaire désigne les avantages, souvent inconscients, qu’une situation problématique peut procurer. Ces avantages ne compensent généralement pas la souffrance vécue, mais ils remplissent une fonction importante : ils nous protègent de quelque chose que notre système considère comme plus menaçant encore.
Autrement dit, derrière chaque difficulté persistante peut se cacher une tentative de protection.
Cette perspective change profondément notre regard sur nous-mêmes. Elle nous invite à remplacer le jugement par la curiosité et la culpabilité par la compréhension.
Quand le cerveau privilégie la sécurité
D’un point de vue psychologique et neurobiologique, notre cerveau n’est pas conçu pour nous rendre heureux. Sa mission première est de nous maintenir en sécurité.
Or, pour lui, le connu est souvent plus rassurant que l’inconnu.
Une situation inconfortable mais familière peut sembler moins dangereuse qu’un changement porteur d’incertitudes.
Nous pouvons alors désirer profondément évoluer tout en étant inconsciemment freinés par les conséquences que ce changement pourrait entraîner.
Le problème n’est pas nécessairement le manque de motivation. Il peut être lié à la présence de peurs, de croyances ou de loyautés invisibles qui cherchent à préserver un équilibre intérieur.
Les bénéfices secondaires les plus fréquents
Éviter l’échec
Tant qu’une personne ne tente pas quelque chose de nouveau, elle ne risque pas d’échouer. Rester dans une situation insatisfaisante permet parfois de préserver l’idée que l’on aurait pu réussir « si l’on avait essayé ».
Éviter le jugement des autres
Prendre sa place, entreprendre, s’exposer ou réussir implique aussi de s’exposer au regard d’autrui. Certaines personnes limitent inconsciemment leurs ambitions afin d’éviter la critique, la jalousie ou le rejet.
Préserver une identité connue
Le changement nous oblige parfois à redéfinir qui nous sommes. Or notre identité, même lorsqu’elle nous limite, constitue souvent un point d’ancrage rassurant.
Maintenir des liens affectifs
Certaines difficultés permettent de continuer à recevoir de l’attention, du soutien ou de la protection. Ces bénéfices ne sont pas recherchés consciemment mais peuvent répondre à des besoins affectifs profonds.
Éviter certaines responsabilités
La liberté, l’autonomie ou la réussite apportent également davantage de responsabilités. Pour certaines personnes, ce poids peut être inconsciemment perçu comme une menace.
Le cas particulier du manque d’argent
Le manque d’argent est un exemple particulièrement intéressant.
Bien sûr, les difficultés financières ont souvent des causes réelles, économiques ou sociales. Il ne s’agit pas de nier cette réalité.
Cependant, lorsque le manque se répète malgré les opportunités de changement, il peut être utile de s’interroger sur la fonction qu’il remplit.
Le manque d’argent peut parfois permettre d’éviter :
le risque d’échouer ;
le risque de réussir ;
le risque d’être davantage visible ;
le risque de susciter des attentes plus élevées ;
le risque d’assumer davantage de responsabilités ;
le risque de décevoir certains proches ;
le risque de sortir d’un rôle ou d’une identité familière.
Il peut également exister des croyances héritées telles que :
« L’argent change les gens. »
« Les personnes spirituelles ne doivent pas être riches. »
« Réussir, c’est trahir ses origines. »
« Il faut travailler dur pour mériter. »


